NSM

The third Nordic conference on Middle Eastern Studies:
Ethnic encounter and culture change
Joensuu, Finland, 19-22 June 1995


Les musulmans dans l'histoire de la Russie


R.G. Landa
Academie des Sciences, Moscou

NB *This is the unedited paper as given at the Joensuu conference. An updated and edited version has been published in Sabour and Vikør, Ethnic encounter and culture change, Bergen/London 1997, 84-95. Please quote or refer only to the published article.*

Les premiers Musulmans connus aux anciens russes étaient les Khazars, les Arabes et les Bulgars de Volga et de Cama. Les Khazars, ces nomades turcs, qui dominaient dans les steppes russes en VIII-X siècles, était le peuple multiconfessionel. L'élite gouvernante chez eux confessait judaïsme mais dans les masses populaires étaient répandu aussi l'Islam, le christianisme et même le paganisme. [1] Les contacts des Russes avec les Khazars étaient très intensifs. Le premier géographe arabe, le persan Ibn Khordabêh, écrivit de "marchands slaves Ar-Rouss" qui fîmes le commerce dans le bassin de mers Noire et Caspienne en payant une dïme aux gouvernants Khazars. [2] Les trésors des pièces arabes d'argent dans le bassin de Dniepr témoignent que le commerce entre les Slaves et les Arabes par l'intermédiaire des Khazars commença pas plus tard que en VIII-e siècle.

Le troisième peuple musulman ayant des contacts très longs avec les anciens russes étaient les Bulgars de Cama qui adoptèrent l'islam en 921 en luttant centre les Khazars et en cherchant l'aide et protection du calife de Baghdad Muktadir. Ahmed Ibn Fadlan, secrétaire de l'ambassade du calife en Bulgarie, a témoigné qu'en ce pays vivaient, sauf les Bulgars, aussi les Russes, les Oguzes et les représentants des autres peuples turcs et finno-ougriens. On peut admettre on supposer que le grand processus de la formation du peuple russe se commença au bord de Volga sur les territoires de Bulgarie et des régions voisines ou les Slaves se contactèrent et se mêlèrent avec les turcs et les peuples finno-ougriens de même que les effectifs de l'élite féodale russe s'enrichissaient par les apports des Scandinaves et des Byzantins. Ce n'est pas par hasard que les émissaires bulgars étaient en 987 les premiers propagateurs de l'Islam en Kiev. Après la chute de l'Etat Khazar (du "Kaganat") les territoires de la basse Volga étaient occupes par Khorezmiens. C'était le quatrième peuple musulman connu aux anciens russes.

En général le monde musulman de IX-ème et X-ème siècles était selon l'orientaliste et l'islamologue russe réputé Vassili Bartold "lié plus étroitement avec la Russie et la Byzance qu'avec l'Europe occidentale". [3] Quant à l'ancienne Russie ses contacts, ses rapport réciproques, sa coopération et interaction avec les musulmans de Bulgarie et des territoires contiguës à la Volga devenaient plus intensifs et mutuellement enrichissants après la chute du Kaganat Khazar. [4] Les mêmes contacts et relations d'interaction les anciens russes avaient avec les nomades turcs dans les steppes du Sud contiguës à Don et Dniepr. Ces nomades - les Petchénégues, les Oguzes, les Kiptchaks - n'étaient pas encore Musulmans à l'époque. Mais leurs contacts et relations avec les anciens russes dans les temps preislamiques deviennent la base solide des rapports réciproques et de coopération mutuelle après l'Islam par tous ces peuples nomades.

Certainement dans les relations de ces peuples avec les Russes ont prédominé, comme partout, des guerres, des campagnes militaires, des luttes et des hostilités. L'histoire de tous les peuples du monde, trop plein des tristes exemples de telle sorte, est litteralement imprégné d'eux. Et chaque peuple est extraordinairement fier de ses faits d'armes, de ses exploits et mérites militaires, de ses victoires et conquêtes. Mais ces mérites et conquêtes en restant l'objet de la fierté nationale, du folklore et de la poésie populaire ainsi que l'apanage de l'idéologie nationaliste, ne déterminent pas en même temps le rôle véritable de tel ou tel peuple dans l'histoire de l'humanité. Parce que ce rôle se détermine par les apports de chaque peuple dans le processus complique du développement de la culture, de la science, de l'économie, de technologie, de littérature, des arts, en bref du développement de la civilisation mondiale. C'est pourquoi je préfère traiter les questions de coopération et d'interaction des russes et Musulmans ne niant pas en même temps l'évidence des guerres, des luttes et des hostilités. Le rôle historique de ces guerres et ces luttes dépendait de leur influence (en général négative) sur le développement civilisationnel. Au contraire, l'échange d'expérience en domaine de l'économie et de technologie, le commerce, les échanges culturels, les actions communes dans les branches variées enrichirent décidément la vie des peuples dans toutes les époques. Par exemple, les résultats des huit compagnes militaires de la Russie ancienne contre la Bulgarie de Volga sont oubliés aujourd'hui cependant que les historiens russes soulignent notamment l'importance du commerce de fourrure, de miel et de lin dans les relations de la Russie et de la Bulgarie avec le Khorezm ainsi que forte influence de production bulgare de cuir (surtout de bottes) sur les artisans et cordonniers russes. Les négociants bulgares jouaient le rôle d'intermédiaires dans les relations économiques entre la Russie ancienne et les musulmans de Khorezm, de l'Iran et du califat de Baghdad.

La conquête tataro-mongole en 1237-1240 incorpora la Russie ancienne dans l'Empire Mongole gigantesque et ensuite dans la Horde d'Or. La grande majorité des historiens russes apprécient la période de la domination tataro-mongole très négativement. Et pour cela il y a des raisons: dévastation des grandes territoires de la Russie ancienne, destruction des villes et villages nombreuses, les grandes pertes humaines et culturelles. Mais existe aussi le point de vue des orientalistes sérieux comme Vassiliy Bartold qui souligne les aspects positives de la invasion tataro-mongole: absence des migrations de conquérants sur les terres russes et absence pratique de la colonisation tataro-mongole ici à la différence de terres bulgares, de Khorezm et de steppes du sud ou se formèrent la population essentiellement sur la base de mélanges des conquérants tataro-mongoles avec les Kiptchaks, les Oguzes et quelques autres habitants du Caucasie du Nord (les Alans, les Kasogs, etc.) et du bassin de la moyenne et basse Volga, en majorité - finno-ougriens. Les autres aspects positives de la invasion tataro-mongole pour la Russie ancienne V. Bartold voit dans la conservation de la vie citadine, étrangère aux Mongoles et aux autres nomades, et dans la stabilité politique presque inexistante avant l'invasion. [5]

Notre théoricien renommé de l'eurasiatisme Lev Goumilliov note que dans le cadre de l'Empire Mongole gigantesque le commerce et les échanges culturels se développèrent à une vaste échelle de la Russie et du Moyen Orient jusqu'à la Chine et l'Asie Sud-Est. Les guerriers et les gardiens russes ainsi que les négociants et les artisans russes et bulgares ont été repandu dans tous les coins de l'Empire Mongol y compris la Chine, l'Asie Centrale, la Birmanie et l'île Java. Lev Goumiliov pense aussi que l'ethnie des anciens russes devient après la conquête tataro-mongole l'élément spécifique de la superethnie mongole très hétérogène. En même temps l'historien américain Richard Pipes constate l'origine tatare ou mongole de la majorité des mots russes signifiants punition, répression, etc. [6] Mais la conception de Goumiliov est plus compliquée. Il croit que dans l'intérieur de la Horde l'Or ont été jeté "les bases de tolérance nationale et religieuse" par les Khans mongoles et princes russes. De plus, il caractérise toute la période de XIII-XIV-ème siècles comme les temps de "la naissance d'une nouvelle ethnie russe sur la base de mélange des Slaves, des Tatares, de Lithuaniens et des peuples finno-ougriens" de Volga et de régions du Nord. [7] Certes, il y a des objections, Beaucoup des opposants n'adoptent pas la conception de Goumiliov. Mais cette conception a le droit d'exister et mérite d'analyse approfondi.

Nous savons que pendant toute la période de l'existence de la Horde d'Or se développe le processus de formation de nouvelles ethnies sur les vastes territoires de toute l'Europe Orientale, de la Sibérie et de l'Asie Centrale. Par exemple, les tatares contemporains de Volga se formèrent par fusion des Bulgares, des Oguzes et Khorezmiens, issues de l'Asie Centrale, des Kiptchaks, migrés sur les rives de Volga après la conquête mongole, des ethnies et de groupes ethniques variés d'origine finnois ou finno-ougriens mais aussi des anciens russes, parce que en Bulgarie de Volga comme partout dans tous les coins de la Horde d'Or vivaient beaucoup de prisonniers et surtout des prisonnières russes. Goumiliov même insiste qu'il n'y avait pas de différence ethnique sérieuse entre les anciens russes et bulgars déjà avant la conquête mongole. [8] Ce point de vue ne peut pas être reconnu comme la vérité absolue mais mérite discussion.

La lutte pour le triomphe de l'Islam en la Horde d'Or commencée en 1256 et finie en 1312 renforça paradoxalement la Russie de Moscou. Beaucoup des Mongols, dont la fraction importante confessa le christianisme néstorien, beaucoup des Kiptchaks (leurs khans se baptisèrent souvent dans les temps prémongoles) et beaucoup d'autres nomades en restants partisans de paganisme dans leur âme ne voulaient pas adopter l'Islam. La grande majorité de tous ces gens quittèrent les territoires sous le pouvoir des khans musulmans et migrèrent en Russie. Ils étaient presque tous des bons guerriers et chevaliers et logiquement devenaient les organisateurs, les instructeurs, les commandeurs et les conseilleurs militaires des princes russes. Pratiquement il a s'assimilaient très vite dans le milieu russe épousant les femmes russes et se montant en domaines de terres avec les paysans russes. En s'appropriant le langage, le vêtement, les moeurs et coutumes russes ils s'incorporèrent dans les rangs de la noblesse russe. Plus que 300 familles d'aristocratie russes sont d'origine tatare. [9] En XVII-ème siècle plus que 17 pour cent de la noblesse russe étaient descendants des originaires de la Horde d'Or. [10] On sait que les tsars Ivan le Terrible et Boris Godounov étaient aussi d'origine tatare. [11]

Entre les originaires de la Horde d'Or réfugiés en Russie nous trouvons non seulement les chrétiens néstoriens ou partisans de paganisme, mais aussi les musulmans qui migraient en Russie pour les raisons non-religieuses mais politiques et personnelles. C'est les cas, par exemple, des ancêtres d'Ivan le Terrible et de Boris Godounov. Ce pourquoi nous pouvons trouver parmi les aristocrates russes les descendants de Yediguey (stratège de Tamerlan), du sultan mamluk de l'Egypte en XV-ème siècle Saïf ad-Din Inal, de l'émir de la Horde Nogay (en basse Volga) et de même Tchingiz-Khan. [12] Les musulmans arrivés à Moscou ou à n'importe quelle ville en Russie s'assimilaient rapidement après le baptême. Cette vitesse d'assimilation peut s'expliquer par les traditions de très long durée, de contacts, des échanges culturels, de mariages mixtes et de mélanges des slaves et de finno-ougriens du bassin de Volga avec les turcs, non seulement avec les khazars, les petchénégs, les kiptchaks et les tatars en X-XIII siècles, mais aussi avec les petites ethnies turques comme les torks (la branche nordique des oguzes), les berendeys, les kara-kalpaks et d'autres tribus de steppe qui étaient les alliés et les plus proches voisins de russes depuis du IX-ème siècle. Pratiquement les contacts de la Russie avec le monde turc durent plus que mille ans et grâce à cette long durée deviennent indissolubles!

Il y a beaucoup des historiens étrangers qui apprécient négativement la période de la Horde d'Or en histoire de la Russie en insistant sur la "vocation occidentale" de la Russie. [13] Le grand historien russe Serguey Soloviov est de même avis. [14] Mais nous partageons l'opinion d'autre grand historien russe Vassiliy Klutchevsi, qui écrivit sur le rôle objectivement positive des khans tatars dans l'histoire de la Russie, surtout dans le domaine de l'unité et de la stabilité politique. [15] Il y a aussi quelques historiens en Occident qui suivent la conception de Klutchevski et reconnaissent influence de la Horde d'Or sur l'économie, le droit, la vie militaire et administrative de la Russie. [16] Beaucoup des historiens russes en émigration postrevolutionnaire en partageant ce point de vue parlent de l'utilisation de l'expérience étatique mongole par les unificateurs de la Russie. [17] Et le fameux historien et linguiste russe prince Nicolas Troubetskoï attire l'attention sur les termes russes d'origine tatare dans les domaine de finances, de poste, de douane et des autres fonctions étatique. Il reconnaît l'influence tatare dans ces domaines comme décisive. [18]

Nous ne sommes pas d'accord avec N. Troubestkoï que l'état Moscovite apparait grâce à la conquête tatare. Mais nous reconnaissons la grande importance de l'influence de la Horde d'Or et d'autres états musulmans, surtout les Khanats de Crimée, de Kazan, d'Astrakhan et de la Sibèrie, sur la vie politique et économique de la Russie, sur sa culture et sa administration. Certes, les russes et les Musulmans se distinguaient par langue, moeurs et coutumes. Mais l'apport des Musulmans dans la spécificité politique, sociale, administrative, militaire et morale de la Russie est irréfutable. On peut aussi poser des questions de l'importance de l'influence scandinave, greco-byzantine et même lithuanienne sur les aspects variés de la vie en Russie d'autant plus que les originaires de Lithuanie (comme de la Pologne et de l'Allemagne) étaient très nombreux dans la classe dirigeante russe après la chute de la domination de la Horde d'Or. Mais parmi les éléments étrangères de l'élite russe éléments tataro-musulmans étaient, selon notre opinion, plus nombreux et plus dynamiques. [19]

On peut expliquer par ce phénomène quelques traits du despotisme asiatique dans la pratique politique des gouvernants de la Russie, ce synthèse des "éléments indigènes et mongoles" dans l'exécution du pouvoir à Moscou après la chute de la Horde d'Or. Mais il ne faut pas oublier jamais que la Russie après la liquidation du joug tatare continua d'éprouver très forte influence d'encerclement musulman. Les guerres avec les musulmans de Kazan, d'Astrakhan, de Sibèrie et surtout de Crimée se poursuivaient presque quatre siècles avec beaucoup de pertes humaines, destructions, rapt des prisonniers. Cette lutte peut être comparer avec la Reconquista en Espagne. Chaque année 15-65 000 soldats russes ont été obligé de participer dans cette lutte. En 1571 le Khan de Crimée réduisait en cendres Moscou et trente-six autres villes russes, en tuant 60 000 russes et en captivant comme esclaves plus que 60 000 hommes et femmes. Seulement dans la première moitié du XVII-ème siècle les tatares de Crimée captivaient plus que 200 000 russes. [20] La Crimée était une menace constante pour la Russie jusqu'à 1768, quand le khan Kirim Guirey dévastait le sud de l'Ukraïne, en tuant 10 000 habitants et en captivant beaucoup plus. [21]

Ces guerres donnaient naissance à l'institut socio-militaire très original, les cosaques. Le mot "Kazak" signifie chez les turcs et mongols "l'homme libre" ou "guerrier libre". Les princes de la Russie ancienne organisaient déjà colonies militaires pour la défense de frontières en les peuplant primordialement par les tribus alliées des Alans, des Tcherkesses, mais surtout de Turcs. Les gouvernants de la Horde d'Or les réorganisaient en détachements de gardiens de frontières ("kazih" en mongole), qui ont commencer se nommer "kazaks" (les cosaques), parce qu'ils sont en majorité les alliés turcs des russes et se considéraient plus libres que les autres sujets de khans. Très vite ils était russifiés et christianisés, parce que les russes constituaient deux tiers de toute la population de la Horde d'Or en restant la source principale du complément des cosaques. Mais les cosaques en Russie comme en Ukraïne ont devenu la fraction spécifique des professionnels militaires avec quelques traits de moeurs et coutumes nomades, des costumes et de folklore proches aux habitants traditionnels des steppes, des méthodes et des termes de guerres ainsi que des grades militaires d'origine turque. Il faut noter en même temps qu'en XV-XVI-ème siècles les cosaques étaient guerriers non seulement dans les troupes russes (par exemple, dans l'armée d'Ivan le Terrible), mais aussi dans les armées de khanats de Kazan, d'Astrakhan et de Crimée et, plus tard, dans l'armée lithuano-polonaise. [22]

La spécificité des cosaques, leur caractère frontalier et transitoire facilitaient leur contacts et liens avec les musulmans. Les cosaques participèrent activement dans tous les mouvements populaires en Russie en XVI-XVIII-ème siècles, parfois en alliance avec les tatares, bachkires et musulmans de Sibérie (surtout pendant la rébellion de Emelian Pougatchov en 1773-1775). On connaît aussi des liens de quelques groupes des cosaques avec le Khan de Crimée et le sultan de la Turquie. L'ataman (chef) des cosaques de Don, Stepan Rasine, en 1667-1671 trouvait un asile en Iran. Le guetman (ataman ukraïnien) Bogdan Khmelnitzki luttait contre la Pologne en alliance avec le khan de Crimée. L'ataman Kondrati Boulavine, en organisant la révolte contre le tsar Pierre le Grand, a conclu un accord avec le khan de Crimée et les représentants du gouvernement turc à Kuban, le guetman ukraïnien Mazepa en trahissant Pierre le Grand a fui en Turquie. Mais en même temps il faut souligner qu'en majorité des cas les cosaques étaient les meilleurs guerriers dans l'armée russe en participant pratiquement dans toutes les campagnes militaires depuis de XV-ème siècle. Leur rôle était très important dans toutes les guerres avec la Turquie et avec l'Iran et surtout dans les conquêtes de Sibèrie et de l'Orient Extrême, de Caucase du Nord et de l'Asie Centrale.

En avançant au Sud et à l'Est, la Russie a devenu en XIX-ème siècle un pays polyethnique et polyconfessionel. Dans beaucoup des régions (par exemple, dans le bassin de la moyenne et basse Volga, près d'Oural et dans la Sibérie), les Russes vivaient parmi des peuples, ethnies et groupes ethniques variés, en majorité turques et finno-ougriens. Seulement dans la région Volga-Oural existent aujourd'hui plus de 120 fractions et groupes ethniques, y compris les unités mixtes, caractérisées par des mélanges historiques de races, de moeurs et coutumes, ainsi que par des mode de vie et culture communes. [23] Mais il y avait aussi dans l'Empire Russe de XIX-ème siècle des régions non assimilées. C'étaient premièrement les régions musulmanes en bassin de Volga, en Sibèrie, en Crimée, au Caucase et dans l'Asie Centrale ou vivaient en tout 18 millions de musulmans. [24]

Le gouvernement russe avait quelques problèmes avec les musulmans, surtout au Caucase du Nord conquis après la guerre longue et cruelle en 1817-1864. Cette guerre était barbare et sanglante du côté du imamat théocratique et militaire créé par les cercles islamiques de Tchetchnya et de Daghestan. Pour la Russie cette guerre était la continuation et le complément à la série des guerres avec la Crimée et la Turquie en XVIII-XIX siècles, parce que la Turquie et l'Angleterre ont donné aide et appui aux imams nord-caucasiens, surtout à Chamil (1834-1859), un guerrier et stratège remarquable. Juridiquement on pouvait éviter cette guerre, parce que presque tous les chefs féodaux du Caucase du Nord avaient conclu les accords pacifiques avec la Russie en donnant à l'Empire des garanties de communications stratégiques avec les chrétiens de Georgie et d'Arménie, libérés par les Russes de joug persan et ottomane. Mais les extrémistes islamistes, les serviteurs de culte et les petits féodaux anarchisants ne voulaient pas la paix. Également l'administration tsariste ne voulaient pas prendre en considération les moeurs et coutumes des montagnards indépendants, leur habitudes et conditions spécifiques de la vie publique, par exemple - le rôle social, politique, militaire et psychologique des confréries religieuses Naqchbandiya et Kadiriya. Chamil pouvait mener la guerre si longtemps grâce à son qualité chef de Naqchbandiya. Mais cela ne veut rien dire pour les généraux russes enivrés par la victoire sur les troupes de Napoléon Bonaparte et imprégnés par l'esprit impérial. Ils ne voulaient même utiliser les liens de parenté entre quelques ethnies de montagnards caucasiens (par exemple, des tchetchens) et quelques groupes de cosaques de Kuban et Terek. [25] Les résultats sont tristes: nombreuses pertes humaines (dans l'armée russe - 25 000 tués et 65 000 blessés), et l'émigration dans l'Empire Ottomane de presque 2 millions des musulmans caucasiens. [26] Aujourd'hui leurs descendants vivent en Turquie, en Syrie, en Jordanie, en Irak, etc.

En Asie Centrale le gouvernement de tsar tentait éviter la guerre "à la caucasienne", en utilisant les moyens économiques et diplomatiques avec l'aide des commerçants, des interprètes, des guides et des intermédiaires tatares, parce que, selon Bartold, les Tatares de Kazan, plus modernisés que les autres musulmans de la Russie, devenaient depuis de XVI-ème siècle "civilisateurs de leurs coreligionnaires" à Boukhara et Khiva. [27] Les états musulmans étaient conservé à Boukhara et Khiva mais sous le protectorat du gouvernement de tsar. Mais le khanat de Kokand et l'indépendance des tribus de Kazakhstan étaient liquidé. Sur leurs territoires les pouvoirs tsaristes ont créé le gouvernorat Turkestan.

Il y a beaucoup des conséquences négatives d'annexion des terres musulmanes à l'Empire Russe. Il existent beaucoup des écritures sur ce thème. Mais je veux parler des conséquences positives: cessation des guerres féodales ruineuses, liquidation d'esclavage, modernisation de l'économie, de routes et de moyens de communication. Le développement de l'industrie et l'intensification de l'agriculture, le progrès technologique et l'essor culturel peut aussi être pris en considération. Et les musulmans reconnaissaient toutes ces réalisations. Les "djadides", (c'est-à-dire les modernistes islamiques), ainsi que les "kadimistes" (les traditionalistes conservateurs) étaient loyalistes plus ou moins moderés. Presque tous les représentants des intellectuels musulmans en Russie en XIX-ème siècle et au début du XX-ème siècle étaient pour le soutien du gouvernement du tsar. À partir de 1905, nous trouvons en Russie un presse musulmane, des écoles musulmans libres, des députés musulmans au parlement ("Douma") et le parti musulman "Ittifak" (la Concorde) avec un prestigieux chef de tatares de Crimée Ismaïl-Bey Gasprali (ou Gasprinski). Il disait "La culture russe était plus proche aux peuples musulmans que la culture occidentale" et "les musulmans ne seront pas les traîtres de la Russie". [28]

On peut citer beaucoup des auteurs objectant à Ismaïl-Bey. Mais la majorité des auteurs musulmans le plus modernistes sont d'accord avec ce "grand père de la nation turque", comme était nommé Gasprali par les musulmans de Crimée, de Volga et de Caucase. Il était le penseur politique et l'homme de culture le plus renommé parmi les musulmans de la Russie de l'époque. Le position de Gasprali était le résultat logique non seulement de la politique russe en question musulmane avant la révolution de 1917, mais, de plus, c'était la conséquence de développement des relations entre la Russie et musulmans en IX-XIX siècles. Ces relations étaient très diverses, multiformes et variées mais elles ne ressemblent pas les mêmes relations de l'Islam et l'Occident. On peut expliquer ce phénomène par la spécificité de la civilisation russe qui a une expérience millénaire inappréciable de riches contacts avec les peuples d'Orient. Toutes les difficultés et conflits dans ces contacts n'empêchèrent pas l'interaction, l'influence et l'enrichissement mutuelles, la compréhension et l'entente russo-musulmanes. Ces traditions de l'entente et de compréhension étaient affaiblies et déformées après la révolution de 1917, mais rétablies après 1945 et modernisées sur la nouvelle base de rapprochement russo-musulman dans les domaines social, économique, culturel et technologique. Cependant l'analyse historique de la période soviétique est prématuré et, à mon avis, de peut pas être examiner dans ma communication modeste.


Notes

1. S.F. Platonov, Cours de l'histoire russe (en russe). Moscou, 1993, p.88 [*]

2. Ibn Khordadbêh. Le livre des routes et des pays (en russe).Bakou, 1986, p. 128. [*]

3. V.V. Bartold, L'Islam et la culture musulmane (en russe). Moscou,1992, p. 133. [*]

4. G.E. von Grünebaum, L'Islam classique (en russe). Moscou, 1986,p. 189; Pletniova. Les Khazars. Moscou, 1976 (en russe). p. 70-77. [*]

5. V.V. Bartold, Op.cit., p. 92-93; D.D. Vassiliev, Le rôle del'Islam dans la formation des cultures impériales dans les Étatscrées par les nomades de l'Eurasie - "Islam et les problèmesd'interaction civilisationnelle" (en russe). Moscou, 1922, pp. 43-44. [*]

6. L.N. Goumiliov, De la Russie Ancienne à la Russie contemporaine.Essais d'histoire ethnique. Moscou, 1922, pp. 132, 135 (en russe); R. PipesRussia under the Old Regime. Moscou, 1993 (en russe), p. 82. [*]

7. L.N. Goumiliov, Op.cit. 294; "La Russie et l'Orient: lesproblèmes d'interaction" (en russe). Moscou, 1992, p. 60. [*]

8. L.N. Goumiliov, La Russie Ancienne et la Grande Steppe (en russe).Moscou, 1989, pp. 161, 337; V.O. Klutchevski, De l'histoire russe.Moscou, 1993, pp. 91-93 (en russe). [*]

9. L.N. Goumiliov, En cherchant le royaume inventé. Moscou, 1970(en russe), p. 401; N.A. Baskakov, Les noms russes d'origines turques.Moscou, 1993 (en russe), pp. 12-27. [*]

10. E.P. Karnevitch, Les grades et titres génériques enRussie. Moscou, 1991 (en russe), pp. 71, 233-250. [*]

11. "Vozrojdeniye" ("La Renaissance"). Moscou, 1992, n. 2-3 (en russe), p. 15. [*]

12. E.P. Karnovitch, Op.cit, p. 179. [*]

13. F.R. Graham, The Archer and the Steppe, or the Empries of Scithia: ahistory of Russia and Tartary. London, 1860; J. Curtain, The Mongols inRussia. Boston, 1908; V.A. Riasanovsky, Fundamental Principles of MongolLaw. Tientsin, 1937. [*]

14. S.M. Soloviov, L'histoire de la Russie depuis de l'ancienneté(en russe). Moscou, t. II, 1960, pp. 284-288. [*]

15. V.O. Klutchevski, Oeuvres (en russe). Moscou, 1957, t. II, p. 43 [*]

16. Ch. J. Halperin, Russia and the Golden Horde. Bloomington, 1985, p.32; Ch. Commeaux, La vie quotidienne chez les Mongols de conquête(XIII siècle). Paris, 1972; P.H. Siefen, The Influence of theMongols on Russia: a dimensional history. Hirchsville-New York, 1974. [*]

17. G.V. Vernadsky, The Mongols and Russia, New Haven, 1953, pp. 350-351. [*]

18. N.L. Troubetskoï, De l'élement touranique dans la culturerusse - "La Russie entre l'Europe et l'Asie: séduction eurasiatique"(en russe). Moscou, 1993, pp. 72-73. [*]

19. R. Pipes, Op.cit, p. 82 [*]

20. V.V. Kargalov, À la frontière des steppes (en russe).Moscou, 1974, pp. 149-171. [*]

21. Ibid., pp. 172-174. [*]

22. A.A. Gordeyev, La Horde d'Or et la naissance des cosaques (enrusse). Moscou, 1992, pp. 6-17, 70-74, 131. [*]

23. "La Russie et l'Orient: les problèmes d'interaction", pp. 55-57. [*]

24. "Islamskiy Vestnik" (Messager de l'Islam), Moscou, 1992, n 14, p. 17 (enrusse). [*]

25. D.G. Gabissov, Les tchetchens et les ingouchia (le problèmed'origine). Grozniy, 1991 (en russe), pp. 53-57, 60-65. [*]

26. D.E. Yeremeev, Ethnogenèse des turcs. Moscou, 1971 (enrusse), p. 171-172; V.O. Klutchevski, De l'histoire russe, p. 543; "LaRussie, l'Occident et l'Orient musulman dans le temps nouveau". S.-Peterbourg,1994 (en russe), p. 41. [*]

27. V.V. Bartold, Op.cit., p. 104. [*]

28. Ismaïl-Bey Gasprinski (Gasprali). De l'héritage.Simpheropol (Crimée), 1991, pp. 55-56 (en russe); N. Achirov, L'Islamet les nations. Moscou, 1975 (en russe), pp. 17, 59.[*]


R.G. Landa


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